| L'Autorité de la concurrence a confirmé hier avoir procédé à plusieurs perquisitions dans le secteur de l'isolation, sans pour autant préciser les entreprises concernées."Les enquêteurs ont effectué des descentes il y a quelques jours sur plusieurs sites du géant européen Isover, filiale de Saint-Gobain, dans les bureaux du Syndicat des fabricants d'isolants en laines minérales manufacturées (Filmm), chez Afnor et au CSTB", notait mercredi le journal Les Echos, sans préciser ses sources.
En constante progression depuis plusieurs années, l'isolation est un marché juteux qui représente 1,4 milliards d'euros, dont plus de la moitié (55%) revient aux laines minérales. Selon Les Echos, l'Autorité de la concurrence (anciennement DGCCRF) veut savoir "si les industriels de la laine de verre et les organismes normatifs et certificateurs du bâtiment n'auraient pas organisé une entente visant à empêcher toute nouvelle technique d'isolation" .
En effet, de nouveaux acteurs sont apparus récemment sur le marché, proposant des produits plus minces et selon certains plus performants : les PMR, pour produits minces réfléchissants, également appelés isolants minces. Fin avril, Jean-Michel Bonnet, président de l'Association de promotion des produits minces réfléchissants nous confiait que déjà "à l'époque [de la création de l'association], il y avait des polémiques entre les industriels et le CSTB sur la méthode et la mesure des procédures d'évaluation" .
Enquête à la demande d'Actis ?
Toujours selon Les Echos, cette entente supposée aurait pour but d'empêcher de nouveaux acteurs de participer aux appels d'offres dans le cadre des objectifs fixés par le Grenelle de l'environnement. Le marché de l'isolation connaît en effet un boom depuis que le gouvernement, avec le Grenelle de l'environnement, a lancé un chantier sans précédent de rénovation thermique des bâtiments existants.
"En tant qu'acteurs de l'isolation, nous avons été entendus" a confirmé une porte-parole de Saint-Gobain. Mais l'enquête porte sur "des questions de normes", qui ne concernent pas directement Saint-Gobain, a-t-elle précisé, ajoutant que l'enquête de l'Autorité de la concurrence "[faisait] suite à une demande du fabricant d'isolants minces Actis", qui pour sa part n'a pas souhaité réagir. De leurs côtés, l'Afnor, qui attribue notamment la marque NF, et le CSTB, n'ont pas non plus souhaité commenter ces informations.
Laurent Perrin (sources Les Echo, AFP)
La technologie au service de l’isolation
Présent sur le marché de l’isolation des bâtiments depuis 1980, la société française ACTIS est le leader européen des isolants minces multicouches réflecteurs. Plus minces, mais tout aussi performants que les isolants épais classiques, ces matériaux attendent la reconnaissance qu’ils méritent.
Pour Laurent Thierry, PDG d’ACTIS, les isolants sont une des réponses efficaces pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Explications.
Commerce International : Que sont les isolants minces multicouches réflecteurs ?
Laurent Thierry : « Contrairement aux isolants épais classiques, dont l’efficacité est généralement proportionnelle à l’épaisseur, les isolants minces multicouches réflecteurs sont des complexes techniques de faible épaisseur (max. 30 mm), composés d’un assemblage de films réflecteurs et de séparateurs associés (ouates, mousses, etc.). Ils permettent de conserver la chaleur à l’intérieur en hiver et de rejeter la chaleur vers l’extérieur en été. »
C.I. : Quelle est leur importance sur le marché de l’isolation et comment la société ACTIS se positionne-t-elle sur ce marché ?
L. T. : « Ces isolants représentent aujourd’hui 15 % du marché de l’isolation en France et 5 % en Europe, sachant qu’ACTIS réalise la majeure part de son activité à l’export. Nous sommes leader sur ce marché, puisque l’entreprise détient 65 % des parts de marché en Europe. Si la société a plusieurs compétiteurs dans le circuit des grandes surfaces de bricolage, elle est leader dans le circuit des négociants de matériaux, avec plus de 80 % de parts de marché. Nos produits sont en effet destinés, avant tout, aux professionnels. »
C.I. : À quel usage vos produits sont-ils destinés ?
L.T. : « Ils sont utilisés, pour le moment, presque exclusivement en rénovation de maisons individuelles. En effet, il n’existe pas encore de norme reflétant la performance thermique réelle de nos produits, car les outils de mesure actuellement utilisés se basent essentiellement sur des caractéristiques liées à l’épaisseur des isolants et ne prennent pas en compte le fonctionnement spécifique de nos produits. Les isolants minces, du fait de cette absence de norme, ne sont donc pas encore utilisés pour l’isolation de bâtiments neufs ou publics. »
C.I. : Est-il prévu de créer une norme européenne pour les isolants minces multicouches réflecteurs ?
L. T. : « Ces produits sont encore peu reconnus, mais la situation va s’améliorer. Nous avons sollicité la Commission européenne pour faire reconnaître le caractère innovant de ces produits et faire créer une norme d’évaluation de leur performance thermique qui soit adaptée à leurs spécificités. L’épaisseur est, en effet, à ce jour, le seul élément pris en compte dans l’efficacité d’un isolant, car les seuls isolants existant jusqu’à présent étaient les isolants épais tels que les laines de verre ou de roche. Ce que nous souhaitons, c’est que soit mise en place une norme permettant d’évaluer en situation réelle la performance thermique des isolants. »
C.I. : Comment pouvez-vous comparer la performance de vos isolants minces par rapport aux isolants classiques ?
L. T. : « Nous avons déjà expérimenté nos produits dans des bâtiments témoins situés en Grande-Bretagne, en Allemagne et en France afin de mesurer leur efficacité dans des conditions climatiques très variées (climats tempéré, océanique et continental). Dans chacun des pays concernés, nous avons équipé des bâtiments identiques, exposés de la même façon, avec deux solutions d’isolation différentes : un isolant mince multicouche réflecteur et une laine de verre de 200 mm. Nous avons mesuré de manière comparative la consommation énergétique nécessaire pour maintenir une tem-pérature identique et constante dans chacun de ces bâtiments. Or, en conditions réelles d’utilisation, il apparaît que nos isolants minces sont au moins aussi efficaces que 200 mm de laine de verre. Par ailleurs, le SFIRMM, le syndicat français de fabricants d’isolants minces multicouches réflecteurs, auquel nous appartenons, a réalisé des tests avec un bâtiment non isolé et constaté qu’un bâtiment équipé d’un isolant mince permet plus de 75 % d’économies d’énergie par rapport à un bâtiment dépourvu d’isolation. »
C.I. : Vos isolants minces jouent donc un rôle dans la lutte et le contrôle des émissions de gaz à effet de serre…
L. T. : « 40 à 45 % des gaz à effet de serre produits sur Terre sont dus à une mauvaise isolation des bâtiments. Bien isoler un bâtiment permet de réduire de 75 à 80 % l’émission de ces gaz à effet de serre. C’est bon pour la planète et aussi pour le portefeuille du consommateur puisque la facture énergétique est ainsi réduite de 70 % au minimum. »
C.I. : Quelles sont vos ambitions pour l’avenir ?
L. T. : « Nous espérons obtenir une norme européenne pour nos produits. Cela nous permettra notamment d’accélérer notre développement à l’export. Aujourd’hui, la demande en matériaux d’isolation est très forte en Europe de l’Est et en Scandinavie mais l’absence de normalisation européenne entrave leur développement. Nous souhaitons aussi élargir notre zone de couverture géographique aux 27 États membres de l’Union européenne, voire en dehors. »
C.I. : La recherche et développement est-elle une priorité pour ACTIS ?
L. T. : « Nous consacrons environ 5 % de notre chiffre d’affaires à la recherche et développement, qu’il s’agisse de recherche fondamentale sur les transferts thermiques, de recherche appliquée concernant le développement de nouveaux produits permettant de faciliter le travail des professionnels ou de recherche prospective sur les isolants du futur. »
C.I. : Précisément, comment imaginez-vous le futur de l’isolation ?
L. T. : « Les isolants seront performants et complexes mais faciles à installer. Les professionnels qui posent les matériaux isolants recherchent avant tout la simplicité de pose mais veulent que leur soient proposés des produits technologiquement élaborés. L’isolant aura peut-être le même destin que le téléphone portable en devenant de plus en plus mince et de plus en plus performant. C’est du moins ce que nous souhaitons et nous travaillons dans ce sens. »
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